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La règle des 4 % appliquée en France

Épargne et placementsMis à jour le Lecture 8 minChiffres 2026

L'essentiel

  1. Règle des 4 % : retirer 4 % du capital la 1re année, puis réajuster à l'inflation ; capital ≈ 25 × dépenses annuelles.
  2. Elle suppose un horizon ~30 ans et un portefeuille diversifié ; pour un départ plus tôt (FIRE), viser plutôt 3–3,5 %.
  3. En France, la pension couvre souvent une part du budget : vous financez l'écart, pas l'intégralité.
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La règle des 4 % est issue des travaux de William Bengen (1994), popularisés par une étude américaine célèbre (la Trinity Study, 1998) : si vous retirez 4 % de votre capital la première année de retraite, puis ajustez ce montant à l'inflation chaque année suivante, votre portefeuille aurait tenu au moins 30 ans dans 95 à 98 % des périodes historiques testées (1926-1995), à condition de détenir au moins 50 % d'actions. En pratique, cela signifie qu'il vous faut un capital équivalent à 25 fois vos dépenses annuelles. Pour un budget de 2 000 €/mois (soit 24 000 €/an), le capital nécessaire s'élève à 600 000 €.


La formule : 25 fois vos dépenses annuelles

La règle des 4 % revient à dire : votre capital doit être égal à 25 fois votre dépense annuelle cible. C'est l'inverse de 4 % (1 / 0,04 = 25). Ce multiple ne repose pas sur un rendement fixe : il vient des séquences de marché réellement observées aux États-Unis, avec un portefeuille actions et obligations, une consommation progressive du capital et un horizon de 30 ans.

  • Budget 1 500 €/mois (18 000 €/an) : capital cible = 450 000 €
  • Budget 2 000 €/mois (24 000 €/an) : capital cible = 600 000 €
  • Budget 2 500 €/mois (30 000 €/an) : capital cible = 750 000 €
  • Budget 3 000 €/mois (36 000 €/an) : capital cible = 900 000 €

Important : ces montants correspondent à des dépenses totales, tous revenus confondus. En France, si vous percevez une pension de 1 200 €/mois et visez un budget de 2 000 €/mois, la règle des 4 % s'applique uniquement sur l'écart (800 €/mois), soit un capital de 240 000 €, bien loin des 600 000 € calculés sans pension.


Pourquoi 4 % n'est pas une vérité universelle

La règle des 4 % dépend de plusieurs hypothèses : rendement, inflation, frais, fiscalité, et surtout durée. Si vous partez à 60 ans, un horizon de 30 ans est plausible. Si vous partez à 45 ans (FIRE), l'horizon est beaucoup plus long et 4 % devient plus risqué.

La Trinity Study a été conduite sur des données de marchés américains entre 1926 et 1995. Les marchés européens ont des historiques différents, les frais de gestion en France sont parfois plus élevés, et l'horizon de vie s'allonge. Ces facteurs combinés plaident pour utiliser la règle des 4 % comme ordre de grandeur, pas comme garantie.


Le taux de retrait adapté selon votre horizon de retraite

Plus la durée de retraite prévue est longue, plus le taux de retrait sûr doit être prudent. Inspirés des recherches post-Trinity Study (Pfau, Kitces, blog Early Retirement Now), voici des ordres de grandeur indicatifs selon l'horizon (en prévoyant de financer la retraite jusqu'à 90 ans environ) :

  • Horizon 30 ans (départ vers 60 ans) : taux de 4 % généralement solide sur données historiques.
  • Horizon 35 ans (départ vers 55 ans) : taux de 3,5–4 % ; 4 % reste viable mais avec moins de marge.
  • Horizon 40–45 ans (départ vers 45–50 ans, FIRE) : taux de 3–3,25 % recommandé pour plus de sécurité.
  • Horizon 50 ans+ (départ à 40 ans ou moins) : taux de 3 % ou moins ; ou stratégie hybride (revenus d'activité partielle au début).

Ces ajustements ne signifient pas que 4 % est dangereux sur 35 ans : les données historiques montrent que cela aurait fonctionné dans la majorité des cas. Mais la marge d'erreur est plus faible, et un scénario défavorable (krach en début de retraite) peut être difficile à gérer.


Faut-il 3 %, 3,5 % ou 4 % pour un départ anticipé (FIRE) ?

La communauté FIRE (Financial Independence, Retire Early) débat régulièrement de ce point. Le consensus pratique est souvent :

  • Départ à 50–55 ans : 3,5 % de taux de retrait, soit un capital de ~28,5 fois les dépenses annuelles.
  • Départ à 40–45 ans : 3 à 3,25 %, soit ~30–33 fois les dépenses annuelles.
  • Départ avant 40 ans : 3 % au maximum, avec souvent une flexibilité sur les dépenses ou des revenus d'activité partielle ("Barista FIRE").

Le concept de Coast FIRE propose une alternative : accumuler suffisamment tôt pour que, sans aucun versement supplémentaire, le capital atteigne l'objectif à l'âge normal de retraite grâce aux intérêts composés. « Coast » signifie avancer en roue libre : le capital continue de croître seul, sans nouveaux versements. Voir notre article sur Barista FIRE et Coast FIRE pour plus de détails.


Adapter la règle au contexte français (fiscalité + pension)

La fiscalité compte : depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique (PFU) est de 31,4 % sur les dividendes, intérêts et plus-values d'un compte-titres (12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux), mais en assurance-vie les prélèvements sociaux sont restés à 17,2 % : 30 % au total pour les gains imposés à 12,8 %, 24,7 % après 8 ans pour ceux imposés à 7,5 % (au-delà de l'abattement). Mais l'élément le plus important en France est souvent la pension : elle réduit le besoin de retrait sur votre portefeuille.

La bonne nouvelle, c'est que la pension de retraite par répartition, même partielle, réduit considérablement le capital à constituer. Si vous percevez 1 200 €/mois de pension et visez un budget de 2 000 €/mois, il vous suffit de financer 800 €/mois par votre épargne, soit un capital bien plus faible qu'en l'absence totale de pension. Simulez votre propre situation pour obtenir un chiffre précis et adapté à votre profil.

L'autre ajustement français concerne la fiscalité des retraits. Contrairement aux États-Unis où un compte 401(k) peut être retiré avec une fiscalité prévisible, en France la fiscalité varie selon l'enveloppe :

  • Assurance-vie (après 8 ans) : abattement annuel de 4 600 € (personne seule) ou 9 200 € (couple marié ou pacsé) sur les gains imposables, puis 7,5 % (12,8 % pour la part de versements au-delà de 150 000 €) ou barème sur option ; prélèvements sociaux de 17,2 % sur la part de gains.
  • PEA (après 5 ans) : retraits libres sans impôt sur les plus-values, mais avec 18,6 % de prélèvements sociaux sur la part de gains depuis 2026.
  • PER : épargne bloquée jusqu'à la liquidation de la retraite ou l'âge légal (sauf déblocage anticipé : achat de la résidence principale, invalidité, etc.), donc inutilisable entre un départ anticipé et l'âge légal ; en capital, la part des versements déduits est imposée au barème (sans abattement de 10 %) et les gains au PFU de 31,4 % ; en rente, imposition comme une pension, avec l'abattement de 10 %.
  • CTO : PFU 31,4 % sur les dividendes l'année de leur versement et sur les plus-values l'année de la vente (ou barème sur option) ; le capital investi n'est pas taxé.

Ces différences fiscales peuvent réduire sensiblement le montant net disponible : par exemple, sur un CTO, si la moitié d'un retrait est constituée de plus-values, le PFU de 31,4 % en prélève environ 15,7 %. Il est donc important d'intégrer la fiscalité dans le calcul du capital cible, surtout pour des horizons longs.


Exemple pratique : calculer son capital cible en France

Thomas, 42 ans, vise une retraite à 57 ans avec un budget de 2 500 €/mois. Il ne touchera aucune pension avant 64 ans, l'âge légal de sa génération ; à partir de là, il anticipe environ 800 €/mois (carrière écourtée, pension réduite). L'écart à financer par l'épargne après 64 ans est donc de 1 700 €/mois, soit 20 400 €/an.

Avec un horizon de 33 ans (57 à 90 ans), Thomas applique un taux de retrait prudent de 3,5 %. Son capital cible s'élève à : 20 400 / 0,035 = ~583 000 €, auxquels s'ajoutent environ 58 000 € pour couvrir les 800 €/mois sans pension de 57 à 64 ans, soit ~640 000 €. Les 583 000 € financent déjà 1 700 €/mois dès 57 ans : entre 57 et 64 ans, il ne manque que les 800 €/mois que la pension couvrira ensuite (7 × 9 600 € ≈ 67 000 €, environ 58 000 € une fois le rendement de 5 % pris en compte), pas les 2 500 € entiers.

Cette somme doit être constituée d'ici ses 57 ans, soit en 15 ans. En supposant un rendement annuel net de 5 % sur son épargne, il doit épargner environ 2 400 €/mois à partir d'aujourd'hui. Si Thomas a déjà 80 000 € de capital (≈ 166 000 € dans 15 ans), l'effort mensuel tombe à ~1 800 €/mois.

Questions fréquentes

La règle des 4 % est-elle adaptée au contexte français ?

Partiellement. Elle sous-estime l'avantage de la pension française (qui réduit le capital cible) mais ignore la fiscalité des retraits. En France, la règle s'applique sur le seul écart à financer (budget - pension), ce qui peut réduire fortement le capital nécessaire par rapport au calcul "pur" américain (de 60 % dans l'exemple d'une pension de 1 200 € pour un budget de 2 000 € : 240 000 € au lieu de 600 000 €).

Quel capital pour 2 000 €/mois à la retraite avec la règle des 4 % ?

Sans pension : 25 × 24 000 = 600 000 €. Avec une pension de 1 200 €/mois couvrant déjà une partie du budget, il faut financer 800 €/mois, soit 25 × 9 600 = 240 000 € de capital. La pension transforme radicalement le calcul.

Faut-il 3 % ou 4 % pour une retraite à 45 ans ?

Pour un horizon de 40–45 ans, un taux de retrait de 3 à 3,25 % est plus prudent. Cela correspond à un capital de 30 à 33 fois les dépenses annuelles à financer. À 4 %, le risque d'épuisement du portefeuille sur très long terme est plus élevé, même si les données historiques restent favorables.

Comment les marchés financiers affectent-ils la règle des 4 % ?

Le risque principal est le "sequence of return risk" : un krach boursier en début de retraite (quand le portefeuille est à son maximum) est beaucoup plus dommageable qu'un krach en fin de retraite. Pour y remédier : garder 1–2 ans de dépenses en liquidités, et être flexible sur les retraits en cas de baisse des marchés.

La règle des 4 % suppose-t-elle d'investir en bourse ?

Elle suppose un portefeuille diversifié avec une part significative en actions (Bengen, en 1994, recommandait 50 à 75 % d'actions ; la Trinity Study a testé de 0 à 100 %). Un portefeuille 100 % fonds euros ou livrets ne peut pas soutenir un taux de retrait de 4 % sur 30 ans en raison des rendements trop faibles face à l'inflation.