Retraite des femmes en France : l'écart à combler
L'essentiel
- Fin 2024, les femmes perçoivent en moyenne 34,8 % de pension de droit direct en moins que les hommes (22,4 % en comptant la réversion) : carrières plus courtes, temps partiel, salaires plus bas.
- Nouveau depuis la LFSS 2026 : pour les retraites prises depuis le 1er septembre 2026, le salaire de référence des parents est calculé sur 24 meilleures années avec un enfant, 23 avec deux ou plus (au lieu de 25).
- Mécanismes correcteurs : trimestres maternité/éducation, réversion ; ils atténuent l'écart mais ne le comblent pas.
- Levier le plus fiable : épargne régulière (même 100–200 €/mois) + vérification du relevé et simulation du budget cible.
En France, la pension moyenne de droit direct des femmes est inférieure de 34,8 % à celle des hommes fin 2024, selon le rapport annuel du COR de juin 2026 (modèle Ancètre de la DREES) ; l'écart tombe à 22,4 % quand on ajoute les pensions de réversion, versées très majoritairement à des veuves. Les causes sont structurelles : carrières plus courtes ou à temps partiel, interruptions pour élever les enfants, et salaires plus faibles en moyenne. Même avec les majorations pour enfants (+10 % pour 3 enfants et plus), l'écart reste considérable et pèse lourdement sur le niveau de vie à la retraite. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 (article 34) propose de remplacer ces 10 % par un montant forfaitaire, le même pour les pères et les mères, ce qui avantagerait les petites pensions, souvent celles des femmes ; la mesure viserait les retraites qui commencent à partir du 1er juillet 2027.
Pourquoi l'écart persiste
Les mécanismes correcteurs existent : majorations de durée d'assurance pour enfant (jusqu'à 8 trimestres par enfant au régime général, 4 au titre de la maternité ou de l'adoption et 4 au titre de l'éducation), pension de réversion (54 % de la retraite de base du conjoint décédé sous conditions de ressources, 60 % de ses points Agirc-Arrco sans condition de ressources), et surtout constitution d'une épargne personnelle le plus tôt possible. Ces dispositifs atténuent l'écart, mais ne le comblent pas entièrement.
Ce qui change pour les mères en 2026 et 2027
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 contient trois mesures qui touchent d'abord les femmes. La première porte sur le calcul : pour les parents qui ont obtenu des trimestres de majoration pour enfant, le salaire annuel moyen du régime général est calculé sur les 24 meilleures années avec un enfant et sur les 23 meilleures avec deux enfants ou plus (décret n° 2026-699 du 29 juillet 2026). Retirer une ou deux années faibles, souvent celles d'un congé parental ou d'un temps partiel, relève la moyenne. La mesure vaut pour les retraites prises depuis le 1er septembre 2026 ; L'Assurance retraite l'appliquera courant 2027 et versera le rattrapage rétroactivement.
La deuxième concerne les carrières longues : depuis le 1er septembre 2026, jusqu'à deux trimestres accordés au titre des enfants (deux au total, quel que soit le nombre d'enfants) comptent dans la durée cotisée exigée pour partir avant l'âge légal (décret n° 2026-700). La troisième vise les jeunes parents : le nouveau congé de naissance, ouvert pour les enfants nés depuis le 1er janvier 2026, peut permettre de valider un trimestre assimilé quand il est indemnisé.
3 leviers concrets (et réalistes)
- Vérifier son relevé tôt (trimestres maternité/éducation, périodes assimilées).
- Optimiser l'enveloppe (PER/assurance-vie/PEA) selon votre fiscalité et vos contraintes.
- Épargner régulièrement : même 100–200 €/mois sur 25–30 ans change la trajectoire.
Pour les femmes, commencer à épargner tôt est encore plus crucial que pour la moyenne des actifs. Même des versements modestes, de 100 à 200 €/mois sur un PER ou une assurance-vie pendant 25 à 30 ans, peuvent constituer un complément d'environ 50 000 à 140 000 € au moment de la retraite avec un rendement net de 4 % par an (pour 30 000 à 72 000 € versés). Le simulateur vous permet de voir l'impact précis de cette épargne sur votre situation personnelle.
Questions fréquentes
Pourquoi les femmes touchent-elles moins à la retraite que les hommes ?
Trois causes structurelles : carrières plus courtes ou à temps partiel (interruptions pour élever les enfants), salaires moyens plus faibles pendant la carrière active, et conséquences sur le calcul (SAM plus faible, trimestres manquants). Ces effets se cumulent : moins de trimestres → risque de décote, SAM plus bas → pension de base réduite, Agirc-Arrco avec moins de points.
Combien de trimestres donnent les congés maternité ?
Au régime général, chaque enfant ouvre jusqu'à 8 trimestres de majoration de durée d'assurance : 4 au titre de la maternité (grossesse et accouchement) et 4 au titre de l'éducation. Pour un enfant né ou adopté depuis 2010, 2 trimestres d'éducation vont d'office à la mère et les 2 autres peuvent être répartis entre les parents ; sans choix exprimé dans les 6 mois suivant le 4e anniversaire de l'enfant, ils reviennent à la mère. Pour un enfant né avant 2010, les 8 trimestres sont en principe attribués à la mère. Le congé maternité lui-même est en plus validé comme période assimilée. Ces trimestres comptent dans la durée d'assurance (pour le taux plein et pour le calcul au prorata) mais n'apportent pas de salaire au calcul ; depuis le 1er septembre 2026, deux trimestres pour enfant au total peuvent compter pour une carrière longue.
La pension de réversion compense-t-elle l'écart de pension des femmes ?
Partiellement. La réversion représente 54 % de la retraite de base du conjoint décédé, sous conditions de ressources (régime général), et 60 % de ses points Agirc-Arrco, sans condition de ressources. Elle peut significativement améliorer la situation des veuves, mais elle ne s'applique qu'après le décès du conjoint et dépend des ressources totales. Elle ne compense pas l'écart pendant la période où les deux conjoints sont vivants.
Quelle enveloppe d'épargne choisir quand on est une femme avec un salaire modéré ?
L'assurance-vie est souvent la plus adaptée : pas de minimum élevé, rachats possibles en cas de besoin (naissances, interruptions de carrière), fiscalité avantageuse après 8 ans. Le PEA est excellent pour la performance long terme. Le PER peut aussi être intéressant si on est imposé à 30 % ou plus.